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"Le respect, pour ne pas tout gâcher"

La Charte
2016

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CITIZENS OF THE WORLD

 

« Le respect pour ne pas tout gâcher »

« Les passes courtes de la solidarité »

« L’humanité comme plan de carrière »

 

Tu   croyais que tout ceci n’était qu’un  jeu.
Tu croyais qu’il suffisait de mettre le  pied.
Tu oubliais que le ballon  avait  aussi des faces cachées.

Tu as vu des parents monter sur le terrain en insultant l’arbitre amateur comme si la guerre venait  d’être déclarée.
Tu as vu ta  couleur de peau te  revenir  au visage.

Un jour  peut-­être,  un arbitre arrêtera ton match parce  que  du  sang  aura  fini  par mouiller ses pieds. Un jour peut-­être, ton père videra ton sac de sports dans le hall d’entrée en te disant que c’en est assez. Un jour peut-­‐être, tu seras seul dans la cours de récréation à regarder les autres comme des inconnus, en jouant sans toi.

Tu te retourneras alors en te disant que tout cela aurait pu être évité. Simplement. Naïvement. Que quelques règles auraient suffi à écarter tous les cons du ballon, à rendre le terrain du respect et de la tolérance à ses propriétaires.

Tu essayeras de sensibiliser les adultes, eux qui pensent plus à te faire la morale, alors qu’ils sont tous à côté de la plaque

Tu repenseras à ce jour où des cris de singe étaient tombés sur le dos de l’attaquant de ton équipe.  Le « grand black » comme ils l’appelaient là-­bas.

A bout de forces, ses nerfs l’avaient lâché, le poussant à mettre un poing dans le visage d’un adversaire qui l’insultait. On ne l’avait plus revu au club par après. A l’école, d’aucuns t’avaient dit qu’il s’était alors mis à l’athlétisme et qu’il faisait un malheur sur le 400m haies. Tu repenseras à ce racisme qui avait tout gâché en te disant que c’est par là qu’il faudrait commencer.

Sur un vieux cahier d’école abîmé par quelques graphes mathématiques faits avant les examens de juin dernier, tu noteras un grand POINT 1 en te contentant d’y coller un mot: respect.

Deux jours plus tard, tu y glisseras d’autres termes en pensant que tout cela restait bien trop scolaire et abstrait. Respect de la couleur de peau, respect de la langue, respect de la religion, respect de la différence culturelle, physique, psychologique.

En balayant ces mots sur le papier, tu souriras toi-­‐même en te trouvant des airs de professeur, toi dont les cotes en dissertation avaient jusqu’ici peiné à dépasser la moyenne de la classe.

En souriant, tu manqueras même de barrer le mot « respect » comme si le ridicule risquait de te tuer mais la figure de ton pote, proprement viré du club parce qu’il suivait le Ramadan, te revient d’un seul coup dans l’œil, te poussant à souligner un mot que tu t’apprêtais à rayer.

Respect et après? Il te fallait un POINT 2 pour ne pas passer pour un petit universitaire en herbes, tout juste bon à donner des leçons. Un souvenir te collait à la gueule sans que tu ne puisses t’en débarrasser.

Tu te souvenais de ces jeux de regards dans les rangs avant le cours de gym ou personne ne croisait le tien. En rentrant dans le vestiaire,  tu  avais  compris  que  les  autres  s’étaient  ce  jour-là  mis  d’accord  pour t’ignorer. Comme si le collectif avait ses limites, comme si le « chacun  pour  sa  gueule » devait finir par l’emporter. Sur ce même cahier, tu décideras alors de griffonner le mot solidarité. Celle qui unit les connaissances, les copains, les amis et mêmes les inconnus.

Tu te souviendras du garçon, sorti du bloc de logements sociaux, arrivé sans chaussures de foot le jour de la rentrée. Deux jours plus tard, l’affaire avait pourtant été réglée. Le président du club s’était personnellement chargé de lui offrir une paire de baskets neuves comme si son intégrité morale se trouvait subitement menacée.

La solidarité couchée sur ta charte sera aussi celle des moins nantis et des plus favorisés, celle des talents purs et des travailleurs obscurs, celle unissant les caractères et les milieux les plus différents.

Sans le savoir, tu croiseras quotidiennement des dizaines de nationalités différentes, et tu te  appelleras cette phrase, certes  bateau, que « nous sommes tous égaux au plus profond de nous-même ».

Replongeant dans ton cahier, tu te diras qu’il manquait un dernier POINT à cette charte comme s’il fallait en faire une règle de trois.

Entre deux hésitations, tu glisseras alors le mot humanité en te dégoûtant presque d’utiliser un terme aussi prétentieux.

Tu le garderas pourtant collé à ton stylo, faute de mieux.
Car le football n’est pas qu’une affaire d’hommes.
En revoyant la jeune blonde qui t’avait un jour infligé un double dribble dans la cours de récré, tu t’en souviendras, le sourire bien plus tiré par le passé.

Humanité, donc.Comment dire autrement que le football peut transformer les gens, devenir une école de la vie comme le disent les gens des quartiers, les vrais.

Alors que tes points chutaient à l’école, que ta famille était à deux doigts d’éclater, un entraîneur t’avait empêché de dériver. Sur le bout des lèvres te reviendront alors les conneries que tu étais sur le point de faire. Bannies de ta charte à jamais.

Conforté dans l’idée que le football transforme parfois les cœurs les plus cassés, tu maintiendras sagement au troisième point de ta charte le mot d’humanité. Celui qui devait boucler la boucle et offrir la dernière clé.

Respect, solidarité, humanité. Pourquoi chercher au-­delà de trois mots quand tout vous est donné. La charte en poche, tu remonteras sur le terrain de la vie en te disant simplement: soyons humains, soyons vrais. Nous n’avons qu’une vie.